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La Lettre de la Fondation franco-japonaise Sasakawa / Bureau de Tokyo Un jeu artistique de lumières pour donner une vie nouvelle à la ville la nuit Exposition Yann Kersalé, sculpteur de lumière. Voilà près de 10 ans que la Tour de Tokyo est illuminée la nuit. L'an dernier, avec l'éclairage du grand pont sur le détroit de Akashi, les Japonais ont commencé à manifester de plus en plus d'intérêt pour les illuminations. C'est dans ce contexte que l'Exposition Yann Kersalé, sculpteur de lumière de renom international, s'est tenue du 5 décembre 1998 au 20 février 1999 dans la galerie "Ma" de Aoyama (Tokyo). Yann Keralé est un artiste complet, qui a débuté comme simple lighting designer, mais ses innovations lui ont rapidement valu un succès mondial foudroyant. C'était pourtant la première fois qu'il se produisait au Japon. L'exposition était divisée en trois espaces, intitulés "Passé", "Présent" et "Avenir", chacune proposant des représentations très concrètes. Dans "Présent", on découvrait une œuvre créée à partir de l'image qu'il se fait de la ville de Tokyo, présentée dans un petit jardin intérieur japonais. On peut regretter que la manifestation n'ait pas davantage attiré l'attention du grand public nippon, phénomène qu'il faut peut–être mettre sur le compte d'une insuffisance d'explications. Pourtant, en feuilletant le recueil des œuvres de Kersalé, on se rend vite compte combien les illuminations opèrent une formidable métamorphose des villes françaises la nuit. On pense notamment à l'éclairage qu'il a réalisé pour l'opéra de Lyon, en collaboration avec l'architecte de réputation mondiale Jean Nouvel, où le dégradé de rouges passe de teintes très pâles au vermillon vif au fur et à mesure que l'on monte vers le toit. Pour marquer la fin du spectacle, comme en écho, le ciel de Lyon s'embrase littéralement du rouge éclatant du toit de son opéra. La nuit prend également des allures merveilleuses qui n'en sont pas moins en parfaite adéquation avec les sites, par exempl e avec les illuminations de la Cathédrale de Nantes, édifice riche d'histoire, ou celles de la mairie de Brest, ou encore celles des berges de la Villaine à Rennes. Mais Kersalé ne se limite pas aux centres-villes, dans sa proposition d'une vision enchanteresse de la nuit. Il n'a pas hésité par exemple à s'attaquer aux immenses docks de Saint-Nazaire qui avaient servi de base militaire sous-marine pendant la Deuxième guerre mondiale, ou aux écluses sur les canaux alentour qui accueillent le va-et-vient des navires. Les docks habillés de lumière reprennent vie dans un fascinant spectacle nocturne et les écluses reflètent dans l'eau leurs immenses formes de robots, invitant les hommes à entrer dans un monde autre, fantastique. Même si l'on s'intéresse de plus en plus aux illuminations au Japon, les éclairages y sont encore très classiques. L'œuvre de Kersalé déborde au contraire de créativité et de sens artistique dans une recherche permanente pour découvrir les possibilités qu'offre la lumière, qu'il façonne comme s'il s'agissait d'une matière première. Il suffit pour s'en convaincre de regarder le projet encore inachevé, après déjà 10 années de travail, du "Complexe 34" du Cap Canaveral (Floride, Etats-Unis), qui doit émettre d'énormes faisceaux de lumière dans l'espace à partir des anciennes rampes de lancement, notamment celles des fusées Apollo. L'exposition japonaise était en quelque sorte un modèle réduit de l'art de ce virtuose de la lumière. Comment les Japonais ont-il donc accueilli l'enthousiasme des Français pour ce genre de projets? Ils ont sans doute été perplexes devant l'approche fondamentale différente face à ce type d'activités que la France n'hésite pas à subventionner et à élever au rang d'art. L'exposition japonaise a ainsi été l'occasion de s'interroger sur ce qui incite les Français à dépenser autant d'énergie pour ces éclairages? Débat autour des environnements marins littoraux menacés Pour marquer l'Année mondiale de la mer, des spécialistes français et japonais de regénération des espaces littoraux, ont accepté le 5 février dernier, dans le Hall de la Maison franco-japonaise de Tokyo, de présenter au cours d'une conférence-débat les différentes approches envisagées par le Japon et la France pour tenter de redonner vie aux écosystèmes des zones côtières. Ce fut l'occasion d'un échange fructueux d'idées entre les experts français invités pour l'occasion et les spécialistes japonais, représentants de la société civile et des pouvoirs publics. Quand on parle de "protection des écosystèmes littoraux" au Japon, on pense d'abord à la tentative d'aménagement des terres gagnées sur la mer dans la baie de Isahaya, dont le projet menaçait de diparition la population de "mutsugoro" (Boleophtalmus pectinirostris), sorte de gobie des marais, et qui a fait, à ce titre, la une des journaux récemment. Mais la réalité est que la plupart des Japonais ne sont pas vraiment conscients de ce que signifie la sauvegarde du littoral. Rares sont ceux qui savent par exemple que les eaux littorales peu profondes comme les marais et autres marécages des delta forment, en tant que zones de frai et de développement des alevins, un écosystème indispensable à la survie de la vie marine dans son ensemble. Après l'adoption de la loi-cadre sur l'environnement en 1993 au Japon, qui visait à garantir un équilibre entre l'homme et la nature, on a enregistré un regain d'intérêt pour les milieux naturels. La conservation de l'espace littoral notamment est devenue une priorité politique, et l'arrêt brutal des travaux d'assèchement du marais de Fujimae qui devaient permettre la construction d'une nouvelle usine de traitement des ordures à Nagoya a marqué un précédent inédit. "Toute la zone le long du littoral, où il y a moins de 30m de fond, offre des conditions très favorables pour l'activité humaine, notamment pour le transport maritime. Mais c'est également une zone essentielle et très sensible pour la faune marine, dont la diversité et la richesse biologique peuvent être mises en péril en cas d'assèchement." Alexandre Meinesz, Directeur du Laboratoire "Environnement marin littoral", dépendant de la Faculté des Sciences de l'Université de Nice, a ouvert le débat avec un exposé sur l'état du littoral expliquant qu'il existe plusieurs niveaux de dégradation avec des milieux naturels qui peuvent encore être sauvés et ressuscités, tandis que d'autres étaient irrémédiablement perdus. Un littoral français malmené par le développement du tourisme Dès les années 1970, on parle en France de pollution des côtes engendrée par le développement du tourisme littoral. Diverses mesures pour préserver la qualité de l'environnement littoral ont alors été prises, allant de l'adoption d'une législation particulière à la création d'un organisme de protection. Résultat: une grande partie du littoral de la Côte d'Azur, y compris aux alentours de Nice, a vu réapparaître 90% de sa faune et de sa flore, nonobstant l'accroissement constant de touristes. Il n'en reste pas moins que la côte monégasque par exemple a, elle, été détruite jusqu'à un point de non-retour. Dans son intervention, M. Meinesz s'est appesanti sur les mesures qui ont été jusqu'ici envisagées pour essayer de reconstituer des milieux entièrement détruits. "Pour les Français, l'océan représente un lieu de rêve. Avoir une maison secondaire avec vue sur la mer est l'idéal à atteindre. Dans les années 70, un Français sur 4 réalise ce rêve, mais le phénomène est allé de pair avec une détérioration massive de l'espace littoral, suivie presque immédiatement par une forte volonté de lutter pour préserver cet environnement." Bernard Karaola, conseiller auprès du Conservatoire de l'espace littoral et des rivages lacustres, a ensuite expliqué les raisons qui ont poussé l'Etat à créer cet établissement, en tant qu'outil de réhabilitation des espaces côtiers, et en lui donnant pour mission d'acquérir des espaces naturels en bord de mer et d'en assurer la conservation en se plaçant dans une perspective à long terme. Charles-François Boudouresque, professeur à l'Université d'Aix-Marseille II, a ensuite expliqué le fonctionnement des Zones maritimes de conservation du poisson et d'interdiction de pêche. Mais le Conservatoire du Littoral n'est propriétaire que de 8% de l'ensemble du linéaire côtier, et les zones d'interdiction de la pêche ne couvrent qu'à peine 5% des côtes méditerranéennes: ces chiffres montrent bien qu'une surface encore très limitée de l'ensemble du littoral est bien protégée. Pourtant, si l'on en croit ces deux spécialistes, il ne s'agit pas d'une simple affaire de scientifiques et de représentants d'organismes de protection de la nature. L'approche adoptée est originale en ce qu'elle cherche systématiquement à intégrer les intérêts de l'économie locale, et donc à obtenir l'aval des populations et des pêcheurs. Il est certes extrêmement difficile de concilier les intêrets économiques et la préservation des écosystèmes, mais c'est un défi qui vaut la peine d'être relevé. Il a été scientifiquement prouvé qu'en instaurant des zones d'interdiction de pêche, les captures de poisson augmentent, car on garantit alors le renouvellement et la prolifération des ressources halieutiques. C'est un argument qui pèse auprès des marins-pêcheurs. "L'idéal serait d'avoir de telles zones protégées d'un périmètre de 100 à 200m un peu partout", ajoute-t-on. Une politique de réhabilitation qui vient à peine de voir le jour au Japon Du côté japonais, les représentants de la gestion des ports de Tokyo et d'Osaka, deux villes situées au fond des deux baies les plus touchées par la dégradation du milieu naturel, ont exposé les résultats d'études effectuées sur l'état des écosystèmes, mais tous deux ont souligné que le problème ne pouvait être résolu par les deux seules autorités portuaires, et qu'il fallait considérer le problème au niveau de l'ensemble de la baie. Dans le cas de Tokyo notamment, 90% des marais et zones de laisse qui bordaient la baie ont aujourd'hui été asséchés ou transformés en terrains gagnés sur la mer: si le dernier marais restant, celui de Sanban-se, venait à disparaître, c'est toute la flore et la faune de la baie de Tokyo qui serait en péril, car la topographie même de la baie de Tokyo, avec sa forme très arrondie et son ouverture étroite sur la mer, a donné naissance à un écosystème relativement fermé sur lui-même. Au bout de 20 ans d'activisme, les habitants de Chiba ont finalement obtenu la création dans leur préfecture d'un comité d'experts chargés d'étudier les écosystèmes marins de la baie. C'était la première fois que des pouvoirs publics japonais prenaient officiellement acte en lançant une telle mission de recherche. "Les ressources halieutiques ont d'autant plus de valeur qu'elles appartiennent à tout le monde. En montrant qu'on peut les gérer plus intelligemment, on créera un précédent, peut-être le dernier de ce XXème siècle, qui jettera les fondements d'un développement soucieux de l'équilibre entre les activités de l'homme et la mer." C'est ainsi que parle avec conviction Toshio Furota, maître de conférences à l'Université Toho et actif défenseur, en tant que chercheur, des associations de protection de l'environnement. Hideki Ueshima, Directeur des politiques d'environnement océanographiques à l'Institut de recherche industrielle et technologique du Chugoku, dépendant du Ministère de l'Industrie et du Commerce Extérieur, a présenté un rapport sur les activités du tout premier centre expérimental japonais baptisé "Marine Labo", situé dans la baie de Kaita (préfecture de Hiroshima). Ce centre vient d'ouvrir ses portes en février dernier et a pour mission de trouver des moyens pratiques et des méthodes concrètes pour remettre en état l'environnement littoral de la mer intérieure de Seto. Un réseau citoyen pour protéger mers et montagnes L'exposé suivant a illustré l'exemple d'un réseau d'associations de l'arrondissement de Kanazawa à Yokohama, regroupant en un partenariat original et unique dans tout le pays "Les Amis de la mer" et "Le Comité des observateurs de la nature en forêt de Yokohama", qui comptent en leur sein, non seulement des résidents activistes et des chercheurs, mais également des représentants des pouvoirs publics locaux, des entreprises et des pêcheurs. Alors que le front de mer de l'arrondissement de Kanazawa a subi des transformations dramatiques au gré de l'aménagement d'îles artificielles, de marinas et de zones de loisirs, "il fallait, si l'on voulait améliorer le paysage marin, considérer le problème dans une perspective plus vaste, qui devait également intégrer les rivières en amont, remontant jusqu'à leurs sources dans les montagnes boisées de l'arrière pays," explique Takahiro Kudo, chercheur à l'Institut général d'océanographie et de pisciculture de la préfecture de Kanagawa. C'est ainsi qu'a été créé un réseau citoyen qui fait appel aux associations de défense des deux milieux - maritime et forestier. "Chaque acteur a défini des objectifs: les associations ont élaboré des propositions à partir de leurs constats critiques; les entreprises sont passées d'une logique de recherche pure et simple de profit à une volonté de contribution sociale; les pouvoirs publics ont fait des efforts de sensibilisation pour convaincre; les chercheurs sont sortis de leur tour d'ivoire pour trouver des solutions pratiques... C'est cette démarche qui a été le point de départ de toute l'affaire. Depuis 1994, tous les ans est organisée une "Journée de l'eau à Kanazawa: on construit des radeaux avec des arbres abattus dans la forêt, et on descend la rivière jusqu'à l'océan. Cette manifestation a l'avantage de faire découvrir à la population une réalité sur leur environnement, dans une ambiance festive et agréable. La France élève les paysages naturels au rang de patrimoine culturel Après les présentations des différents orateurs français et japonais, un débat s'est instauré entre les participants. Les Japonais, en écoutant les interventions de leurs collègues français, ont eu l'impression qu'il y avait beaucoup à apprendre de l'expérience française, notamment en ce qui concerne l'élaboration d'un système social soucieux de la conservation de l'environnement et d'un plan d'ensemble construit sur une perspective à long terme. La différence fondamentale entre les deux approches pourrait être résumée par les deux citations suivantes. "Les paysages naturels font partie du patrimoine culturel. Nous voulons qu'ils bénéficient d'une protection semblable à celle que l'on réserve aux objets d'art," explique M. Karaola, tandis que M. Ueshima enchaîne: "La société en France est construite sur un modèle très structuré, avec une législation propre, un organisme de tutelle, des activités associatives, etc. En comparaison, le Japon ne dispose même pas d'une législation de protection des fonds marins! La situation est telle que pour acheter du sable marin, il faut s'adresser au Ministère de l'Industrie et du Commerce Extérieur (MITI), mais tout ce qui a trait aux poissons et aux ressources halieutiques est du ressort du Ministère des Pêches, tandis que pour utiliser le sable, il faut demander une autorisation au Ministère des Transports! Et où avons-nous des zones bien préservées en vertu des principes fondamentaux de protection de l'environnement? Eh bien! nulle part, tout simplement parce que ce principe n'a jamais été défini chez nous! Il ne nous reste plus qu'à nous mettre à l'œuvre sur le terrain!" Des applaudissements soutenus ont accueilli cette déclaration enflammée de M. Ueshima. C'était en effet l'occasion de se rendre de nouveau compte du retard qu'a pris le Japon en matière de protection de l'environnement. Mais l'exemple de l'activisme des associations de la baie de Kanazawa à Yokohama a retenu l'attention, non seulement du public japonais, mais également des intervenants français. En effet, comme pour Sanban-se dans la baie de Tokyo, le déclic n'est pas venu des pouvoirs publics, mais bien d'une mobilisation spontanée de la population, ce qui prouve que le Japon est prêt désormais à regarder les problèmes écologiques sous un nouvel angle plus culturel. La deuxième partie du débat a été plutôt courte, mais elle a permis de dégager un consensus entre les participants autour de l'idée que la préservation du littoral ne se limitait pas à la simple ligne côtière, mais devait se placer dans un contexte général plus vaste qui incluait l'ensemble de la baie, voire l'arrière-pays boisé. Cette conclusion suggère qu'il existe un principe d'universalité sur ce point, qui dépasse largement les frontières des Etats. D'où l'importance de poursuivre les activités de sensibilisation dont les effets se font progressivement ressentir. Dans cette optique, le Lions Club a publié un petit ouvrage intitulé "Mer Vivante" qui est distribué gratuitement depuis 8 ans dans les écoles des communes littorales, afin de sensibiliser les jeunes utilisateurs des plages. Voilà un exemple d'activité que l'on retiendra certainement de cette conférence, surtout qu'elle a été présentée à l'extrême fin de débat, comme pour permettre de mieux y réfléchir. Ce genre d'échanges franco-japonais offre une occasion riche d'enseignements pour l'avenir, l'exemple de la France ayant incontestablement fourni une base de réflexion pour des avancées au Japon. Les questions liées à l'environnement sont des problèmes qui touchent aujourd'hui l'ensemble de la planète. On peut espérer des retombées intéressantes de ces échanges de vues entre deux pays. Pour que la mer reste belle dans le monde entier. Photo: Mer Vivante, édité par le Lions Club Nice Doyen Rubrique "A la Carte" Les Français sont-ils vraiment si indifférents? Autour de trois publications récentes Au sortir d'un avion dans un aéroport étranger, on est souvent surpris par les différences culturelles qu'on constate en observant les gens autour de soi. A l'heure où on ne se rend pas simplement à l'étranger pour de courts séjours touristiques, mais où il est devenu fréquent d'y vivre pour une période relativement longue pour des raisons professionnelles, ces différences peuvent entraîner des obstacles beaucoup plus difficiles à surmonter qu'on aurait pu le penser au premier abord. Dans le livre intitulé Ils sont fous, ces Français publié en automne dernier au Japon chez TBS Britannica (en France, aux éditions Bayard / Le Centurion), l'auteur, Polly Pratt explique que nombreux sont les hommes d'affaires japonais installés à Paris ainsi que leur famille qui s'arrachent les cheveux de désespoir pour comprendre quel est le mode de fonctionnement relationnel possible avec les Français. De son côté, Sally Adamson Taylor présente dans Culture Shock (publié au Japon aux éditions Kawade Shobo) les gestes et expressions nécessaires à une bonne communication avec les Français, avec photographies à l'appui. Les deux ouvrages ont été écrits par deux Américaines qui vivent en France depuis plus de 20 ans: toutes deux, s'appuyant sur leur expérience, racontent les difficultés qu'il y a à créer de vraies relations avec les Français. Il est intéressant de noter que toutes deux, dans leurs introductions, mettent en avant une différence culturelle essentielle qui les choque: l'impolitesse, l'arrogance et l'attitude froide des Français. Dans un style agréable et facile à lire, elles racontent comment souvent l'indifférence des Français dans laquelle les Américains ne voient rien d'autre que l'expression de leur mauvaise humeur, blesse leurs interlocuteurs d'outre-Atlantique, voire les insulte. En fait, les Français feraient trop de cas du sourire pour l'offrir à n'importe qui. A moins d'avoir une bonne raison de rire, en réponse par exemple à une bonne blague ou pour dissimuler son embarras, le Français évitera soigneusement d'avoir un visage rayonnant. Celui qui sourit à tout bout de champ passera pour un hypocrite et ne pourra plus se servir de ce signe essentiel au moment où il en aura vraiment besoin. En fin de compte, le sourire est comme un luxe des beaux jours, si bien que dans la vie quotidienne, il faut se contenter d'une expression neutre. Une fois que l'on a décripté ce principe, on découvre en fait la générosité et le côté très humain des Français. C'est l'enseignement que nous apportent ces deux livres. Ces deux ouvrages ont aussi le mérite de nous faire découvrir, à nous autres Japonais, que nous avons des réactions qui sont finalement très proches de celles des Américains, ressentant la même irritation et la même perplexité face au manque d'amabilité des vendeuses françaises ou face à une notion du temps qui n'a rien à voir avec la nôtre! De plus, on peut les lire comme un guide pratique avec de nombreuses informations utiles sur la façon de se tenir à table, de faire des progrès en français, de conduire une voiture en France, de se mettre à l'abri des pick-pockets ou de traiter avec les administrations... On y trouvera également des explications sur la gestion à la française, l'organisation du travail dans les entreprises françaises, sur les différences en matière de management, faisant ainsi de ces deux ouvrages des "must" à l'intention des hommes d'affaires sur le départ et de leur famille. N'oublions pas non plus la passion des Français pour la discussion: quelque chose qu'il faut bien se mettre dans la tête si l'on veut vivre en France sans stresser! Les sujets de discussions sont d'une infinie variété: politique, culture, société, histoire... Si vous êtes féru des relations franco-japonaises et de l'histoire des deux pays, la partie est gagnée d'avance. C'est un des conseils que donne d'ailleurs Yoshinari Nishinaga dans La France qui change (aux éditions NHK Books). Quand Sartre est venu au Japon il y a à peine 30 ans, dans les années 60, la littérature française jouissait d'une aura inégalée dans notre pays, et était la référence culturelle par excellence. Depuis, les Japonais se sont plutôt tournés vers les Etats-Unis. En ce temps-là, Nishinaga était encore étudiant en 4ème année à l'université. Par la suite, il s'est fait connaître à la NHK, la chaîne de télévision publique où il a animé jusqu'en 1995 les cours de conversation française. S'inspirant entre autres de son expérience d'étudiant en France, il présente aujourd'hui dans son ouvrage une vision synthétique des changements survenus dans l'image qu'ont les Japonais de la France, parallèlement à un tableau des transformations réelles qu'a connues la France au cours des trente dernières années. Les bouleversements qui y sont décrits dans une analyse aussi bien sociologique qu'historique, notant pèle-mêle l'anglicisation de la belle langue française et le passage du chauvinisme à un individualisme plus égoïste, sont souvent en fait des tendances qui ne sont pas propres à la France mais que l'on retrouve dans tous les pays industrialisés. C'est d'ailleurs probablement parce que nous vivons à une époque où les valeurs sont constamment remises en question que cette tentative d'essayer de comprendre mieux les Français a une portée significative pour nous autres Japonais. Quoi qu'il en soit, si on lit ces trois récentes publications en parallèle, on en tirera certainement un enseignement particulièrement riche. Finalement, le message commun sur lequel ces trois ouvrages insistent pourrait bien être le suivant. La France est un pays qui engendre, peut–être plus que d'autres, une grande frustration pour ceux qui sont étrangers à sa culture, mais une fois qu'on a réussi à surmonter cet obstacle apparemment infranchissable, la France devient le pays qui vous procure une joie plus grande que n'importe où! Photos: - Version japonaise de Ils sont fous ces Français! de Polly Pratt, aux éditions TBS Britannica, traduction de Yoko Sakurauchi - Version japonaise de Culture Shock de Sally Adamson Taylon, aux éditions Kawade Shobo, traduction de Yasuo Masunaga - La France qui change, de Yoshinari Nishinaga, aux éditions NHK Books Petite note Le Japon a pratiqué récemment ses premières greffes d'organes provenant de personnes décédées de mort cérébrale. En France, du moment que le refus de donner ses organes n'a pas été clairement exprimé, ils pourront être prélevés légalement sur n'importe quelle personne dont la mort cérébrale a été constatée. Une fois encore, on remarque la différence de point de vue entre les deux pays. (M) La LettreBulletin de la Fondation franco-japonaise Sasakawa Publiée en mars 1999, Vol.3, No.1 Responsable de la publication: Shigeatsu Tominaga Rédacteur en chef: Michio Yokoyama Editeur: Fondation franco-japonaise Sasakawa 3-12-12 Mita, Minato-ku, Tokyo 108-0073 Tél: 03-3769-6252 Fax: 03-3769-2090 mél: matsugam@spf.or.jp hhtp://www.spf.org/ffjs/ Calendrier des projets (avril-juin 1999) "Un été chaud à Kyoto en 1999"Ateliers franco-japonais de danse organisés à Kyoto par le secrétariat de "Un été chaud à Kyoto". Voici un festival unique en son genre qui propose des ateliers communs animés d'une part par des chorégraphes et danseurs de réputation internationale comme Fattoumi Lamoureux, Michel Kéléménis et toute sa troupe et d'autre part par des artistes, basés pour la plupart à Kyoto, de danse traditionnelle japonaise, le Nihon Buyo. Ces ateliers ont entre autres pour vocation de proposer une espace de fête à la française, ou en tout cas, à l'européenne, alors que parallèlement le Festival des Arts de Kyoto, organisé par la municipalité, bat son plein et transforme pour un moment l'ancienne capitale nippone en centre de la culture avec de nombreuses manifestations théâtrales, musicales et artistiques. Programme: du 3 mai au 19 juin 1) Ateliers pour créateurs (réservés à des chorégraphes et metteurs en scène professionnels) |